Campagne «Kif-Kif devant la loi»

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Présentation de la genèse de la campagne Campagne « KIF KIF devant la loi »

Alors que les femmes du monde entier célèbrent le centenaire du 8 mars, journée internationale de la lutte des femmes, les algériennes, elles aussi, ont pris la mesure du chemin parcouru mais aussi de celui qui reste à faire. En participant à des activités internationales au Maroc, aux USA, etc. elles ont su restituer à la journée du 08 mars sa dimension internationale. Tharwa N’Fadhma N’Soumeur, le Collectif Femmes du Printemps Noir et le réseau Amusnaw qui avaient fait un premier travail autour des lois civiles égalitaires dans la willaya de Tizi Ouzou, sont aujourd’hui rejointes par Djazaïrouna, le réseau Wassyla, l’association AVIFE et le collectif Femmes MDS.

Après des années de luttes contre le code de la famille et une campagne intitulée «20 ans barakat », après une résistance héroïque face au terrorisme islamiste qui avait réduit la femme à un butin de guerre auquel on imposait le mariage de jouissance, le Code de la Famille a été réformé. C’est contraint par les évolutions en profondeur au plan national et par les recompositions au plan international que le pouvoir a fait quelques concessions aux revendications féministes. Cependant, il les a faites de manière calculée et cette loi de statut personnel institutionnalise toujours l'infériorisation d’une moitié de la société par rapport à l’autre, tout en sauvegardant l’essentiel du socle conservateur et le référent direct à la chariâa qui permettent la remise en cause de la réforme sur le terrain, au nom d’un prétendu imaginaire d’une société qui est, en réalité, plus avancée que ses gouvernants. C’est pourquoi il faut faire du 8 mars 2010 non seulement une commémoration mais aussi et surtout un moment fort de mobilisation pour les droits des femmes : le point de départ d’une campagne pour des lois civiles égalitaires.

Le seul bilan lucide et serein que l’on peut dresser de la longue lutte pour l'égalité des femmes et des hommes ainsi que des changements que cette lutte a apportés dans nos rapports et dans la société c’est que l’Etat n’a pas été à la hauteur des sacrifices consentis. La réalité reste très inégalitaire et les discriminations subsistent. Les femmes constituent toujours un deuxième collège auquel on propose l’égalité en devoir mais pas en droits ! L’amendement du Code de la Famille apparaît au final comme une manœuvre qui visait à arracher l’initiative au mouvement féministe le plus conséquent, en imposant un contenu édulcoré, en tentant de le mettre sur la défensive, et en feignant un conflit avec les milieux les plus archaïques avec la certitude qu’ils finiront par s’en accommoder et gagner tous en légitimité. Tout en mettant en avant des velléités de réforme, il s’agissait, en vérité, de continuer à bloquer ou à contrarier la voie de l’émancipation de la femme et l’entrée de la société toute entière dans la modernité.

Comme la résistance des femmes contre l’intégrisme s’inscrivait dans la résistance de toute la société aujourd’hui encore la lutte des femmes pour favoriser un dépassement des frontières de genre favorise l’abolition d’un système qui produit des inégalités sociales et pousse à la harga. L’exigence de lois civiles égalitaires ce n’est pas seulement la protestation face à la haine contre les femmes mais c’est aussi la dénonciation du sort qui est fait à toute la société. Contester face aux inégalités, c’est dénoncer les hiérarchies qui ne sont basées ni sur l’effort ni sur le mérite, c’est refuser la domination mais aussi toute exploitation et finalement toute forme d’oppression. Or, on le voit : le code de la famille, son contenu comme la manière dont il a été réformé, le président a légiféré par ordonnance, met à nu les contradictions de ceux qui ont procédé à son amendement et la profondeur de la subordination des femmes, mais aussi celle de toute la société soumise au despotisme et plus seulement au patriarcat, au mépris même de toutes les Constitutions adoptées depuis 1963 et des engagements internationaux de l’Algérie.

L’égalité dans le champ des lois, voilà donc l’enjeu de la campagne que nous lançons. Oui il existe d’autres moyens pour enrayer la discrimination faite aux femmes et nous sommes de tous ces combats. L'éducation, un autre type de socialisation des femmes, changer les mentalités sont autant de leviers pour faire avancer l’égalité, mais le maillon principal de cette lutte réside dans les pressions pour faire changer les lois discriminatoires. Lutter contre les discriminations faites aux femmes dans la loi, c’est lutter contre l’inégalité et revendiquer l’égale participation et responsabilité dans la famille. Il s’agit, à travers la loi, de donner aux femmes les moyens de se battre contre toute distinction, exclusion ou restriction fondée sur le sexe qui a pour effet ou pour but de compromettre ou de détruire la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice par les femmes, quelque soit leur état matrimonial, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme, des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politiques, économique, social, culturel et civil ou dans tout autre domaines.

Seules des lois civiles pourront donner à la femme la capacité juridique pleine et entière. Des lois civiles, pour toutes les algériennes, d’Est en Ouest, du Nord au Sud ce n’est pas nouveau. Il existait des lois civiles à l’indépendance. Jusqu’à 1984, les familles algériennes ne vivaient pas dans une espèce de débauche digne du fantasme que se font certains de l’Arabie préislamique. Parmi les revendications qui seront portées par cette campagne il y a, en matière de divorce le rejet du maintien du privilège masculin dans la démarche de rupture du lien conjugal qui équivaut en fait au retour à la répudiation : un talaq qui est réservé à l’homme comme un droit absolu et un tatliq qui est une permission contraignante qui laisse les femmes dans une situation de précarité réelle.
De même le refus d'institutionnaliser l’autorité parentale porte atteinte à l’égalité et aux droits des femmes. En effet, l’article 87 maintient la tutelle paternelle sur les enfants et paradoxalement de façon aussi absurde attribue la tutelle uniquement à la mère lorsqu’elle a la garde des enfants après un divorce. Ni les droits des femmes, ni l’intérêt des enfants ni même ceux des pères divorcés ne sont pris en compte.
Parmi les termes du débats autour du code de la famille la question à formuler est : l’égalité suppose-t-elle de supprimer tout ce qui différencie les droits des deux sexes dans la famille et la parenté ?
La réponse est positive car l’enjeu premier est de supprimer tout ce qui, dans le droit, institue le statut dépendant des femmes, en particulier (mais pas seulement) de la femme mariée.
C'est donc une revendication très claire d’égalisation par la symétrie ou encore d'indifférenciation des droits qui ne s'est pas encore concrétisée chez nous après plus de vingt ans de lutte. Il est donc nécessaire de continuer.

C’est pourquoi nous lançons un appel aux femmes et aux hommes à participer à la campagne « Kif Kif devant la loi ». Cette campagne s’étalera jusqu’au 8 mars 2011. Les activités prévues durant la campagne consisteront en l’organisation de formations, de débats, d’expositions, réalisation d’une affiche. Une caravane sillonnera le pays à partir du 17 octobre 2010 qi est le point de clôture de la marche mondiale des femmes pour l’égalité.
A cette occasion une pétition sera lancée et remis à toutes les forces démocratiques qui s’inscrivent dans le combat émancipateur.

Comme acte de solidarité mais aussi comme premier moment de cette campagne, nous avons invité Lubna Hussein, cette soudanaise qui s’est battue contre la loi de son pays qui considère le port du pantalon indécent pour une femme.



Les associations
Tharwa N’Fadhma N’Soumeur
Collectif Femmes du Printemps Noir
Amusnaw
Djazaïrouna
Réseau Wassyla
Association AVIFE
Collectif Femmes MDS

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